Déesse Mère
Cabine d’écoute régressive

Installation/Performance interactive

Conception et interprétation : Caterina Perazzi
Réalisation plastique : Caterina Perazzi, Violaine de Cazenove, Olivier Boisson, Justine Macadoux
Musique immersive : Jean Voguet
Collaboration à la création lumière : Philippe Berthomé


Sous le haut patronage de la D. M. (Déesse Mère)

Dédicacé à Daniela Minetti (ma mère), qui m’a engendrée deux fois.


Propos de l’artiste

Au début de ce projet une « vision ». Je vois la Déesse, je suis donc à la place du spectateur :
Je me trouve au milieu d’un groupe de gens. Au loin, on aperçoit la Déesse sur un trône. Solennelle, bienheureuse. Icône sacrée et image profane. Lointaine et accueillante. Terrible et pleine d’amour.
L’icône sanctuaire resplendit, comme une attraction foraine, sous une enseigne clignotante fuchsia. La lumière autour d’elle respire et pulse dans une immense auréole purpurine.

Un homme se détache du groupe et chemine vers elle.

De ses yeux de Madone coule une larme. De ses seins nus goutte du lait. Sur sa peau se tissent de fragiles trames en dentelle. Ses orteils plantés dans la terre.
En guise de jupe, de longues franges descendent de sa taille jusqu’au sol, dessinant des hiéroglyphes organiques et précieux.
Une énorme vulve s’ouvre entre ses jambes écartées. Une fente qui débouche sur un contenant feutré, un abri, un casque, où se lover tête et âme.
L’homme arrive au pied du trône, s’agenouille. La Déesse pose des mains pleines de tendresse maternelle sur ses épaules et lui caresse la tête, comme une bénédiction.
Un instant, l’enfant en l’homme se réveille, son cœur en résonance avec le cœur de la Mère. Avec ferme douceur, elle attire la tête de l’homme dans sa cavité.
Passage à rebours, sens interdit, frayeur primordiale du retour vers l’inconnu.
Le seuil s’entrouvre. Les yeux de l’homme se ferment. Le cuir chevelu frôle les tissus, adhère aux parois, la peau vit le passage millimètre par millimètre, puis le front passe le seuil, puis entrent les oreilles, le nez, les joues, la bouche.
Obscurité. Dedans, le son l’accueille et l’enveloppe, le masse jusqu’au cerveau, jusqu’au cœur.

Tout invite à se rendre, alors que l’homme apeuré, mitraillé par les symboles, cherche à reprendre le contrôle. Mais tout invite à se rendre, tout est caresse pour que l’homme s‘ouvre à la puissance des symboles et à la lacération des messages contradictoires. Qu’il se laisse porter par l’imaginaire et les émotions qui le traversent.
Le groupe est resté loin, l’action se déroule dans l’intimité d’un espace autre.

Je vois et je vis en pensée ce « passage ».
Cette immersion dans les profondeurs utérines de la Déesse nous ramène aux très-fonds de l’âme, à l’inconscient personnel et collectif, par déplacement de l’expérience à l’échelle mythique (la Déesse Mère). De mon expérience.
J’ai 33 ans. Par certains aspects, une relation fusionnelle avec ma mère. J’arrive à un moment de saturation vis à vis de la dimension symbiotique dans toutes mes relations.
Le moment est venu. Chamboulement. C’est violent, mais vital. Vital, mais violent.
Je m’accroche. Non, pas à ma mère ! Je m’accroche à la tâche.
Pendant que je tâtonne en cherchant ma nouvelle position d’être au monde, des rêves viennent me parler.

Dans ce contexte, le vagin devient une des portes qui donnent accès, pour rester dans la figuration mythologique, à l’«au-delà » : je pense à Odyssée, Héraclès, Orphée, Jésus, Dante.
Leurs voyages aux Enfers racontent un parcours psychique à travers lequel les protagonistes accèdent à une autre compréhension de soi et à une autre connaissance des choses leur permettant de dépasser les empêchements et d’arriver à l’accomplissement de leur geste. Je pense aussi à Jung et à son voyage dans la psyché par le processus de l’imagination active.

La Déesse et l’homme en elle, ses mains sur lui, sur ses épaules, puis, le moment venu, elle le délivre. La nuque frôle les tissus, la tête s’extrait, les yeux se rouvrent.

Deuxième naissance.



Processus de création

Dès son « apparition » (juillet 2010), l’image a été très claire, ainsi que le déroulé de l’action.
Rapidement j’ai élaboré par quels éléments du dispositif je devais amener un état de disponibilité chez les spectateurs.
Depuis, la recherche s’est concentrée sur les techniques et les détails esthétiques dans la réalisation de l’œuvre plastique.
En août j’ai proposé à Jean Voguet de réaliser la musique pour l’intérieur du casque-vagin (création en cours) avec l’envie d’utiliser consciemment la action des fréquences sonores sur les ondes cérébrales (dont il est question déjà dans le titre : cabine d’écoute régressive) pour que le son témoigne de cette dimension interne et intime et pour qu’il aide au lâcher prise du spectateur.
En septembre, j’ai réalisé une première phase de recherche et de production avec les plasticiennes Justine Macadoux et Violaine de Cazenove autour des accessoires et de l’habillage de la Déesse.
Maintenant je m’occupe de la recherche des autres éléments structuraux de l’installation. La prochaine étape de travail se déroulera en janvier avec Violaine de Cazenove.



La Déesse Mère - cabine d'écoute régressive a déjà été jouée :
  • Samedi 19 mars 2011 : à LA MACHINE DU MOULIN ROUGE
  • Samedi 11 juin 2011 : "CRANE / Art_Tuilage 11" au CRANE, Château de Chevigny 21140
  • 3 juillet 2011 : "d’abord les forêts… / opus 2" - Maison Laurentine 52210
  • 16 juillet : "FAR - Fabrique à Rêves", au 6B, St Denis.
  • Septembre 2011 :
    - "Aizu Art College Performance Festival", Mishima
    - "Mixed Media Art Collaboration Festival", Tokyo

Contact : Caterina Perazzi

Dossier de diffusion (pdf - 5640ko)


- Retour -